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Festival les Allumeuses

En quoi consiste le projet

Nous nous appelons Les Allumeuses et nous sommes une association étudiante toute fraîchement créée en septembre dernier. Le samedi 7 mars prochain, nous organisons un Festival Culturel Féministe au sein du 4Bis/360.

Nous avons placé notre festival sous l'égide du mythe de l'allumeuse qui incarne une transgression salvatrice des imaginaires sexistes dans lesquels baigne notre culture. Ce thème servira de fil conducteur à notre évènement, avec l'intervention notamment de l'autrice Christine van Geen qui a travaillé sur la déconstruction du concept de l'allumeuse.
Ce festival est né d’une volonté de promouvoir l’égalité de genre dans le champ artistique et de mettre en lumière les créations de femmes et de minorités de genre, trop souvent invisibilisées dans les espaces culturels traditionnels. Rennes semblait nous être particulièrement propice à la réalisation de ce projet, étant donné sa vie culturelle et associative forte. C’est dans ce contexte que nous voulons travailler avec des associations féministes locales, notamment Nouvelles Rênes, avec des étudiant.es rennais.es, tels que les élèves des Beaux-Arts, et avec des artistes émergent.es.

D’où est venue l’idée de ce projet

Notre festival est né d’une volonté de bousculer le regard dominant posé sur l'art et de transformer nos imaginaires en célébrant la création sous un prisme féministe et intersectionnel. En effet, les créations de femmes et de minorités de genre sont trop souvent invisibilisées dans les espaces culturels traditionnels et l’art, de manière générale, est marqué par des modèles patriarcaux.
A travers ce projet, nous souhaitons mettre en lumière des pratiques et productions artistiques portées par des femmes et des minorités de genre tout en réfléchissant à l’art sous un prisme féministe et intersectionnel. Au fil des divers espaces du lieu, le public pourra ainsi naviguer entre des expositions, des conférences, des stands de vente, des ateliers, et enfin un show de drag qui clôturera cette journée en apothéose.

Quel est le public visé par ce projet

Notre festival a pour vocation de s’adresser à un public étudiant, mais pas que. En effet, nous souhaitons à la fois créer de la représentation et de la sensibilisation sur les thèmes abordés lors du festival. De ce fait, concernant le volet sensibilisation, nous avons pour objectif de nous adresser à des publics non habitués aux problématiques féministes et intersectionnelles dans l’art. Ce qui nous pousse à vouloir nous tourner vers des acteurs “communicants” tel que la radio Canal B ou Icibreizh qui nous permettraient de toucher des publics qui ne ressortent pas déjà de sphères étudiantes, et/ou féministes et/ou queers, etc. De plus, notre festival se déroule dans le centre de Rennes. Cependant nous tenons à ce que cela ne soit pas un frein à la venue de public ne provenant pas du centre. C’est pourquoi nous souhaitons nous appuyer sur les différentes maisons de quartiers composant la métropole de Rennes.
Ainsi, étant une association étudiante, notre cible principale reste les étudiants, que ce soit dans les la recherche des artist.e.s présent.e.s le jour du festival ou par rapport aux visiteurs que nous désirons voir le jour du festival. L'effectif estimé est d'environ 350 personnes sur toute la demi-journée (cette estimation est basé sur l'expérience du 4Bis par rapport à des événements similaire qu'ils hébergent).

Bilan

Est-ce que tout s’est déroulé comme vous l’aviez imaginé ?

Des réussites au delà de nos attentes : 
Nous avons rencontré des difficultés à prédire les résultats de ce projet car il s’agissait à la fois de notre toute première édition et de notre première expérience dans la création d’un événement de cette envergure. Le défi était donc double, et il a été relevé au-delà de nos espérances.
Tout d’abord, nous avons constaté une forte affluence tout au long de la journée. Nous avions conçu une programmation riche et variée, permettant de proposer des temps forts répartis dans différents espaces du festival. Les conférences représentaient les temps forts avec le plus de rassemblement, tandis que les expositions et le marché des créatrices étaient des espaces où les festivalier·es circulaient davantage. Le point culminant de la journée a été le spectacle de drag organisé en soirée pour clôturer l’événement, moment durant lequel nous avons atteint notre pic de participation. Les techniciennes du 4bis, habituées à travailler dans ce lieu, nous ont affirmé qu’il n’y avait jamais eu autant de queue devant le 4bis pour un spectacle. Au total, nous avons accueilli 295 participant·es sur l’ensemble du festival. Nous avons observé une forte présence étudiante, mais aussi d’autres publics, notamment des familles, ce qui correspondait à notre volonté de favoriser la diversité des participant·es. En effet, nous avions insisté dans notre communication sur l’ouverture du festival, au-delà du seul public étudiant de Sciences Po Rennes. 

Par ailleurs, cette affluence s’explique en grande partie par l’efficacité de notre stratégie de communication. Celle-ci s’est principalement déployée sur les réseaux sociaux, où nous avons d’abord défini notre identité en tant qu’association ainsi que nos objectifs. Nous avons ensuite communiqué progressivement sur les intervenant·es et les temps forts, avant de diffuser l’affiche regroupant les informations logistiques essentielles, puis la programmation détaillée. La communication s’est aussi faite en dehors du digital, avec une campagne d’affichage notamment à l’université Rennes 2, dans des bars et commerces, ainsi qu’un petit tractage à la sortie du métro Villejean, et deux passages à la radio de Canal B.

Ensuite, nous avions pour objectif de garantir l’accessibilité financière de l’événement. Malgré nos difficultés de financement, il était inenvisageable de rendre notre festival payant, car cela n’aurait pas été en accord avec nos valeurs et nos objectifs. Nous avons donc fait le choix d’un prix libre, permettant ainsi un accès potentiellement gratuit, afin de ne pas reproduire des mécanismes d’exclusion. L’un de nos objectifs principaux était en effet de favoriser l’égalité d’accès à l’art et la culture. À ce titre, nous considérons comme une véritable réussite le fait d’avoir maintenu ce modèle, quitte à devoir recourir à des actions d’autofinancement, comme la vente de crêpes de manière quasi hebdomadaire.
Par ailleurs, nous avons obtenu des recettes bien au-delà de nos attentes. Le prix libre nous a permis de financer une partie des dépenses du festival, mais aussi de constituer une réserve pour les prochaines éditions, ce qui représente un atout important pour la pérennité du projet.
Nous avons également reçu des retours très positifs de la part des artistes et des intervenantes. Elles ont souligné la qualité de l’accueil, l’ambiance bienveillante, ainsi que le cadre dans lequel s’est déroulé le festival. De la même manière, les retours du public ont été largement enthousiastes, témoignant de l’intérêt et de l’adhésion suscités par l’événement.

La gestion des équipes bénévoles a constitué un véritable succès. L’un de nos principaux enjeux était de coordonner une trentaine de bénévoles réparti·es sur les différents espaces du lieu (salle de conférence, expositions, café à projets, restauration, accueil, marché de créatrices à l’étage, atelier d’écriture). Pour cela, nous avons mis en place un système de passation entre les créneaux, qui s’est révélé particulièrement efficace : chaque bénévole transmettait directement les consignes et les informations à la personne prenant la relève. Ce fonctionnement a permis une grande autonomie des équipes, avec une continuité fluide d’un créneau à l’autre. Cela nous a également permis de nous concentrer davantage sur la coordination globale de l’événement, sans avoir à intervenir constamment sur chaque poste, d’autant plus que nous devions également animer et introduire les temps forts du festival. 

L’un de nos résultats les plus importants réside dans la richesse et la cohérence de notre programmation, en lien direct avec nos objectifs initiaux. Malgré un remodelage tardif du projet en janvier, dû à un manque de financements, nous avons réussi à construire un programme à la fois dense et diversifié. Cette diversité s’est exprimée à plusieurs niveaux : d’abord dans les formats proposés (conférences, expositions, ateliers, concerts, marché de créatrices), mais aussi dans les pratiques artistiques représentées (écriture, théâtre, photographie, peinture et illustration, couture, création de bijoux, drag, etc.), ainsi que dans les profils invités (artistes, associations, collectifs). Cette multiplicité a permis de croiser les regards, les expériences et les modes d’expression, ce qui était essentiel pour traiter les enjeux portés par le festival. Surtout, cette diversité a permis d’incarner pleinement notre objectif principal : contribuer à réinventer et à se réapproprier les imaginaires collectifs liés à la culture et à l’art, à travers une approche féministe et intersectionnelle. Le choix du titre du festival, autour de la figure de « l’allumeuse », symbole d’objectification sexiste, s’inscrivait précisément dans cette démarche de réappropriation et de renversement des représentations. L’ensemble de la programmation faisait ainsi écho à cette volonté, en proposant des formes artistiques et des prises de parole qui questionnent, détournent ou redéfinissent ces imaginaires.

Enfin, le festival a également permis de valoriser le tissu local rennais, particulièrement riche en initiatives artistiques et féministes. En mettant en avant des actrices et acteurs du territoire (associations, collectifs, artistes émergent·es ou confirmé·es), nous avons contribué à rendre visible cette dynamique locale, tout en favorisant les échanges et les rencontres. Cette dimension ancrée dans le territoire a renforcé la pertinence et l’impact du projet, en montrant que ces enjeux sont déjà portés et incarnés à l’échelle locale.

De manière générale, nous sommes passées d’une forte incertitude quant à notre capacité à maintenir l’événement, à la réalisation d’un festival perçu comme quasi professionnel, notamment par les techniciennes du 4bis ainsi que par de nombreux retours du public et des intervenantes. En effet, les difficultés rencontrées tout au long de l’organisation nous ont, à plusieurs reprises, fait douter du bon déroulement du projet.
Malgré cela, nous avons réussi à mettre en place une pluralité d’espaces au sein d’un lieu pourtant unique. Le public pouvait ainsi circuler librement entre une exposition, un espace de restauration, un marché de créateur·ices, puis assister à une conférence ou à un autre temps fort. Cette contrainte spatiale a finalement été bien maîtrisée, notamment grâce à la mise en place d’une signalétique claire permettant d’orienter les participant·es et de rendre les différents espaces lisibles.
Par ailleurs, la coordination technique a constitué un élément clé. Le travail en collaboration avec les techniciennes du 4bis a permis d’assurer une gestion efficace des installations sonores et lumineuses, ainsi que des différents temps de montage et de démontage. Le respect des contraintes techniques du lieu, combiné à une bonne anticipation des besoins des intervenant·es, a contribué à garantir la qualité et la fluidité des différents temps forts du festival.
Le défi de coordonner une multiplicité d’espaces et de temps forts a également été relevé. La programmation, à la fois dense et structurée, a permis d’assurer une bonne fluidité tout au long de la journée. Les horaires ont été globalement respectés, les jauges maîtrisées, et l’organisation logistique (notamment en matière de restauration) s’est révélée adaptée à l’affluence.

Que retenez-vous ? Que vous a apporté votre projet ?

  • Acquisition d’un panel de compétences très larges

La gestion de l’ensemble des “maillons” du projet nous a permis d’acquérir un panel de compétences particulièrement étendu. Nous avons ainsi développé des compétences en communication, tant dans la définition d’une stratégie que dans sa mise en œuvre, mais aussi en élaboration et en pilotage de projet, depuis sa conception jusqu’à sa réalisation concrète. Ce travail nous a également amenées à renforcer notre esprit d’initiative, notre capacité d’organisation et notre adaptabilité face aux imprévus. 
La dimension collective du projet a été centrale, nous permettant d’approfondir nos compétences en travail d’équipe et en coordination. Nous avons également acquis une expérience significative en démarchage et en recherche de financements, tout en mettant en place des actions d’autofinancement afin de soutenir la réalisation du festival.
 
  • Acquisition d’un sentiment de légitimité à élaborer des initiatives

Au début du projet, nous étions traversées par un fort sentiment d’illégitimité. Celui-ci s’expliquait par l’ambition même de l’initiative, qui pouvait sembler démesurée au regard de notre manque d’expérience et de compétences spécifiques dans l’organisation d’un événement de cette envergure. À cela s’ajoutait une incertitude importante quant aux financements : nous avons poursuivi la construction du projet sans garantie d’obtenir des subventions, ce qui renforçait le doute quant à sa faisabilité.
Par ailleurs, les réactions initiales face à notre idée ont parfois été mitigées, voire dubitatives, ce qui a contribué à alimenter ce sentiment d’illégitimité et l’impression de devoir faire nos preuves. Cependant, au fur et à mesure de l’avancement du projet, puis surtout après sa réalisation, ces perceptions ont évolué. Les retours positifs reçus, tant de la part des professionnel·les que du public, ont progressivement renforcé notre confiance.
Ainsi, la concrétisation et la réussite du festival ont constitué un véritable levier dans l’acquisition d’un sentiment de légitimité à initier et porter des projets. Cette expérience nous a permis de dépasser nos doutes initiaux et de nous affirmer davantage dans notre capacité à concevoir et mener à bien des initiatives ambitieuses.
 
  • Enrichissement de nos propres réflexions et imaginaires féministes 

La construction du projet a constitué un véritable espace d’enrichissement de nos propres réflexions et imaginaires féministes. Elle s’est inscrite dans un processus d’auto-réappropriation des espaces de représentation et des récits, en nous permettant à la fois de questionner et de reformuler les cadres à travers lesquels sont produites et diffusées les normes culturelles.
À travers les dimensions à la fois théoriques et pratiques du festival, nous avons approfondi des enjeux liés à la construction des stéréotypes, à l’objectification des corps, ainsi qu’à la réduction des personnes minorisées à leur seule dimension corporelle. Ces réflexions ne se sont pas limitées aux discriminations sexistes, mais se sont également élargies à d’autres rapports de domination, notamment la blanchité, abordée par exemple lors de la conférence des metteuses en scène ou à travers l’intervention du collectif Kuné.

Ce travail s’est conjugué avec la découverte d’un tissu féministe local particulièrement riche et interconnecté, constituant de véritables espaces de solidarité, d’échange et de mobilisation. L’ensemble de ces expériences nous a permis de politiser des vécus intimes, en faisant émerger des liens entre expériences individuelles et enjeux structurels, et ainsi de mieux saisir la portée collective et politique de ces questions.

Quelles sont les perspectives/suites ?

Nos perspectives pour la suite sont de rendre ce festivales le plus accessible possible : permettre une garde d'enfant sur toute la durée du festival pour que les parents puissent plus sereinement en profiter; aménager une "safe zone" pour les personnes neuro-atypique qui peuvent avoir besoin d'espace plus calme, et également mettre à disposition des casques/ bouchon d'oreilles, lunettes de soleil pour des personnes qui auraient besoin de ces dispositifs pour se sentir plus en sécurité dans les espaces. 
En l'état de notre trésorerie sur ce premier festival nous n'avons pas pu rémunérer l'intégralité des intervenant.e.s et artistes, ce qui serait un point à considérer pour les prochaines éditions, selon l'évolution de nos finances. 
De plus, nous monterons à l'avenir une équipe plus conséquente pour l'organisation des prochaines édition, afin de rendre moins conséquente la charge mentale de chacun.e. En effet, à quatre cela à été trop d'investissement pour chacune d'entre nous. 

Avez-vous des conseils à donner ?

S'y prendre bien à l'avance pour les demandes de subvention, et le recrutement d'une équipe. 

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